Les figures du mouridisme

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[toggle title= »Sokhna Diarra Bousso » open= »yes »]

sokhna_diarra

A notre connaissance, Sokhna Diarra est la seule femme dans l’histoire de l’Islam à bénéficier d’une Ziarra (Magal) et d’une telle aura. Cette ziarra croît d’année en année en ampleur, en importance et en nombre de pèlerins.

Il est peut-être bon de signaler que, contrairement à tous les autres Magal qui commémorent un événement relatif à la vie de la communauté, celui de Porokhane ne correspond à aucune circonstance. Il n’a pour but que de rendre hommage à la Sainte Mère du Maître Vénéré Khadimou Rassoul. Ainsi, quand tous les autres Magal ont lieu à une date fixe de l’année, déterminée en fonction du calendrier lunaire, celui de Porokhane peut avoir lieu à n’importe quel moment de l’année. La détermination de la date à laquelle il se tient est du ressort de la famille de Serigne Bassirou MBACKE, évidemment avec l’aval de Serigne Saliou MBACKE, le Khalife Général des Mourides.

D’ailleurs, nous tenons d’une voix autorisée, Serigne Bassirou MBACKE Ibn Serine Moustapha Bassirou, plus connu sous le surnom de Serigne Bass Porokhane la relation de l’historique de cette grande ziarra, assortie d’une intéressante description des lieux.

Le Mausolée de Mame Diarra est le centre de gravité de Porokhane dont il fait d’ailleurs la renommée.

L’illustre sainte y fut inhumée vers 1866. Le village était retombé dans l’oubli après la mort de Maba Diakhou en 1867 : tous les guerriers et chefs religieux qui avaient participé à sa Djihad avaient regagné leur terre d’origine et Mame Mor Anta Sally, père du fondateur du mouridisme que Maba avait installé à Porokhane avec sa famille, était retourné au Cayor avec Lat Dior.

Parmi les rares personnes qui étaient restées sur le terroir, il y avait un certain Cagny, d’éthnie ouolof. Chaque nuit, une lumière lointaine lui apparaissait à l’Ouest de sa maison. Quand en 1912, Cheikh Ahmadou BAMBA revint de sa déportation en Mauritanie, Cagny se rendit auprès de lui à Diourbel pour s’en ouvrir à lui de ce phénomène. Le Cheikh lui fit, ainsi qu’à ses compagnons de voyage, une description de tous les objets qui matérialisaient la tombe de Sokhna Diarra.

Aussitôt celle-ci localisée, sur la base des indications fournies par le Cheikh, Cagny n’eut plus ses visions. Par la suite, Cheikh Ahmadou BAMBA dépêcha son fils, le savantissime Serigne Bassirou sur les lieux. La tombe fut entourée de piquets en bois et, chaque année, Serigne Bassirou revint s’y recueillir.

Après le rappel à Dieu du Cheikh, une dizaine de ses talibés habitant le Saloum demanda à Serigne Bassirou l’autorisation d’organiser un Magal (commémoration) à Porokhane. C’était le point de départ d’une manifestation annuelle qui allait connaître la fantastique ampleur que nous observons aujourd’hui.

Serigne Bassirou fit construire une concession dans le village et, en 1952, il y dirigea personnellement son premier magal.

Lorsqu’en 1966 Serigne Bassirou disparut, son fils aîné Serigne Moustapha Bassirou prit le relais. Il donna une nouvelle impulsion au Magal de Porokhane. Il commença par réorganiser le village. Ensuite il fit reconstruire le mausolée, d’abord en 1971 et une seconde fois en 1983 (c’est l’édifice tel que nous le connaissons aujourd’hui.) Déjà en 1970 il y avait fait construire une résidence.

C’est en 1983 que fut érigée la majestueuse mosquée qui jouxte le Mausolée.

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[title size= »3″]Mame Diarra Bousso : Référence de la femme vertueuse[/title]

Originaire de la famille des « Mboussobé » d’illustres lettrés imbus des valeurs cardinales islamiques Sayidatunâ Mariama Bousso suivit très tôt la voie des anciens et sa dévotion sans faille lui valut le nom de «  Jâratul- Lâh « (la voisine de DIEU ).

A très bas âge , elle mémorisa et calligraphia le Saint-coran exercice qu’elle ne cessa de renouveler .C’est ainsi que durant les trente trois (33) années qu’elle vécut sur terre , elle a écrit quarante (40) fois d’autres diront soixante (60) fois la sainte Vulgate .

Ses intenses activités pieuses auxquelles elle s’adonnait régulièrement n’entravaient en rien son devoir de femme dans l’accomplissement des travaux domestiques en tant que serviteur en quête de agrément de son SEIGNEUR .

Ses ambitions insoupçonnées en ce sens furent qu’au moment où elle s’apprêtait à rejoindre le domicile de Serigne Mbacké Mor (Mame mor Anta Sally ), elle se lassait d’écouter les conseils et recommandations des veilles femmes auxquelles elle répondit après avoir ouvert le Saint-Coran. Ainis elle Tomba net sur ce verset  » Mouhammad n’a jamais été le père de l’un de vos hommes mais le messager de DIEU et le sceau des Prophètes. DIEU est parfaitement sachant de toute chose  » S 33 (les coalisés Al ’ahzâb ) V40.

 » Si ce n’était ces paroles immuables de DIEU je peux garantir par serment que je compterais parmi ma progéniture un Prophète . « 

Certes ,sa détermination a été couronnée par un descendant qui même si nous ne pouvons pas appeler prophète est incontestablement l’intercesseur des croyants auprès de leur SEIGNEUR en l’occurrence le Vénéré Cheikhoul Khadim . Son fils fait accourrir aujourd’hui les créatures des six directions de l’univers comme une averse qui tombe du ciel car ils ont placé leur espoir en lui .

Chez Serigne Mbacké Mor , elle allia travail et piété et du coup ,elle surpassa les qualités exemplaires reconnues de vertueuse femmes telles que Marie mère de Jésus , Khadija et Aïcha épouses du Prophète ou Fatima fille du meilleure des envoyés . En guise d’illustration , nous citerons quelques unes de ses actions remarquables parmi tant d’autres .

Quant elle travaillait , elle récitait sans cesse le  » Dalâ’ilul Khayrâti  » un recueil de prières sur le Prophète (Paix et salut sur Lui) très célèbre auprès des hommes de DIEU composé par l’imam Jazûli A porokhane , elle cherchait régulièrement de l’eau au puits et à chaque fois qu’elle versait une bassine d’eau , les nombreux disciples de Serigne Mbacké Mor buvaient entièrement le contenu avant qu’elle n’en ramena une autre .

A cela s’ajoute une anecdote qui fait la célébrité du puits de Porokhane devenu un site mémorable .En effet un jour sur demande de Serigne Mbacké Mor qui voulut de l’eau pour faire ses ablutions , elle saisit le bouilloire et accourut au puits où elle ne trouva aucun moyen pour puiser , et, pressée de rendre service à son époux, elle se précipita à l’intérieur.Chose étrange ses secours venus l’en sortir le trouvèrent non seulement indemne mais avec le bouilloire à la main rempli d’eau .

Un jour ne trouvant pas de bois de chauffe pour préparer du sanglé à Serigne Mbacké Mor repas matinal qu’elle s’était engagée à lui préparer chaque jour , elle se résolut à briser sa malle en bois qui contenait ses habits pour allumer le feu . On n’oubliera jamais la nuit entière passa sous la pluie tenant une palissade sur recommandation de Serigne Mbacké Mor qui l’oublia dans sa posture après avoir accompli ses ablutions .

En matière d’éducation , elle rassemblait ses enfants et leur racontait la vie des hommes de DIEU ,les pieux anciens ayant consacré toute leur vie à suivre les traces de l’Elu de DIEU Mouhammad Rasûlal -l -Lâh (Paix et salut sur Lui). C’est ainsi que cheikh Ahmadou Bamba appliquait ces conseils et imitait les ascètes en se retirant dans la brousse pour effectuer des pratiques dévotionnelles loin des mortels . A Porokhane , l’arbre où le Cheikh se retirait le plus souvent est un  » Dimb  » qui fait l’objet de visites pieuses de la part des fidèles venus célébrer le Magal de Porokhane .

Certes la durée de sa vie sur terre est courte mais son œuvre est immense et constitue un trésor inépuisable pour l’humanité car Mame Diarra Bousso est sans nul doute le premier serviteur du Cheikh . Elle est la référence pour ne pas la limiter à une référence de la femme vertueuse pour toutes les femmes et leur permet ainsi de retrouver leurs repères dans ce monde où la machination de satan et les ténèbres tentent en vain de dissiper la lumière .

Gloire et reconnaissance à DIEU de nous avoir choisi Khadimou Rassoul, cette fierté de Mame Diarra Bousso à qui nous ne cessons de rendre grâce.[/toggle]

[toggle title= »Mame Thierno Ibra Faty » open= »no »]

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Cheikh Ibrahima Faty Mbacké(1863 – 1943)

(source principale : La vie exemplaire de Cheikh Ibrahima Faty Mame Thierno Birahim MBACKE, de Serigne Mouhamed Bachir MBACKE ibn Cheikh Ibrahima Faty, dit Bassirou Anta Niang.)

Le contexte dans lequel naquit le Mouridisme était marqué par des guerres et des troubles, motivés par les conflits d’intérêts, la soif de pouvoir, les appétits territoriaux des différents protagonistes des pouvoirs locaux et les ambitions hégémonistes du pouvoir colonial sur tout le monde.

 Dieu et les questions spirituelles étaient, à l’évidence, absents des préoccupations des hommes, même de ceux qui se paraient de titres d’érudits ou plaçaient leur action sous la bannière de l’Islam. C’est dans ces circonstances que Cheikh Ahmadou Bamba entreprit de développer son noble projet de ramener l’humanité à Dieu. Cela veut dire clairement qu’il  » n’a pas cherché à créer une nouvelle voie différente des autres ou une communauté spécifique, mais toutes ses ambitions étaient de revivifier la voie de la  » charia  » et de la  » haqiqa « . C’est la raison pour laquelle la communauté mouride vit le jour.  » (cf. la préface rédigée par Serigne Cheikhouna Makhtar Bineta LÔ de Darou Marnane pour l’ouvrage sur Cheikh Ibrahima Faty de Serigne Bassirou Anta Niang MBACKE.)

Voilà un exemple de ces grands desseins qui infléchissent le cours de l’histoire et changent le destin des hommes. Ils sont servis par des êtres d’exception, de cette lignée d’hommes rares que Dieu ne fait descendre sur terre que pour ces causes singulières. Et, pour la réussite de leur mission extraordinaire, ces prodiges de Dieu se voient adjoindre par la Sagesse Divine des Lieutenants d’exception, à la mesure de l’ampleur de l’objectif.
Ainsi, pour l’exécution de son mandat divin, Cheikh Ahmadou Bamba s’est entouré de lieutenants si extraordinaires que chacun d’entre eux a laissé un nom inscrit à jamais en lettres d’or dans l’histoire religieuse de ce pays.
Parmi ces preux chevaliers de l’Islam se distingue Serigne Cheikh Ibrahima Faty MBACKE, également connu sous diverses autres appellations comme Mame Thierno Birahim, Ndâmal Darou ou Borom Darou.
De cet extraordinaire serviteur de Khadimou Rassoul dont il était le bras droit, l’homme de confiance et le confident, l’histoire nous a transmis une image d’attachement et de fidélité à toute épreuve à l’endroit de son maître et guide spirituel, de courage physique indescriptible, de discrétion insondable et de piété incommensurable.

Aperçu sur le personnage

Sur sa naissance, à Porokhane, les auteurs s’accordent pour la situer au jeudi 15 du mois lunaire de  » Rabbi al awwal  » de l’an  » charfadji  » c’est à dire 1283 de l’Hégire, 1863 du calendrier grégorien.
On raconte que cela coïncida avec la Bataille de Pathé Badiane ou Paoss Koto qui mit aux prises les forces de Maba Diakhou BA aux troupes de l’autorité coloniale.
Mais, ce qu’il faut retenir de cet événement c’est que cela a donné lieu à une scène extraordinaire, et très significative pour l’avenir : pour la circonstance, Mame Mor Anta Sally, leur père commun congratula Cheikh Ahmadou Bamba qui devait tout juste avoir dix ans, en ces termes :  » Félicitations pour la venue de ce nouveau né car il sera ton bras droit, en qui tu trouveras ardeur et soutien pour le grand projet qui te préoccupe tant.  » (In ouvrage de référence).

Le Parcours de deux hommes inséparables

Ainsi commença le parcours commun de deux destinées extraordinaires dont l’une, pourrait-on dire, a été créée pour servir l’autre. Les deux hommes n’allaient plus se séparer sauf pendant les périodes d’exil du Cheikh. D’ailleurs, fait significatif, Serigne Touba consacra la première semaine de l’existence de Mame Thierno à faire le tour de la concession de Sokhna Faty Issa DIOP, la mère de l’enfant, afin de solliciter de Dieu le Tout Puissant, assistance et protection pour le nouveau né.
L’éducation et l’instruction de Mame Thierno furent prises de bout en bout par Serigne Touba. Il en est né une telle concordance de pensée qu’entre eux deux on peut parler de réelle complicité.
Et puis, en dehors de leur parenté par leur père commun, les deux hommes descendent de deux grands mères maternelles de même père. En effet, de Ahmadou Sokhna MBACKE, sont issues deux vertueuses filles :

  • Sokhna Asta Walo MBACKE qui donna naissance à l’incomparable Sokhna Diarra BOUSSO la mère de Khadimou Rassoul,
  • Sokhna Absa Mbacké, mère de Sokhna Faty Issa, elle même mère de Mame Thierno, le Lion de Darou.

Lorsque l’épopée de Maba Diakhou BA prit fin, Serigne Mame Momar Anta Sally rejoignit le Cayor avec sa famille. C’est d’abord à Patar qu’il s’est installé, puis à Mbacké Kadior. A sa mort, il fut inhumé à Dékheulé. C’est à ce moment que Mame Thierno fit officiellement allégeance à son frère Cheikh Ahmadou Bamba qui, dans les faits, était son maître depuis sa naissance.

Une formation et un caractère inédits

Mame Thierno a donc été formé par Serigne Touba en personne, dans tous les domaines de la connaissance. Khadimou Rassoul l’a ensuite envoyé auprès de Cheikh Birama DIAKHATE pour compléter sa formation. Ce fut ensuite à Makala, auprès du célèbre jurisconsulte Serigne Khaly Madiakhaté Kala, qu’il se rendit pour étudier la prosodie.
A la vérité, ce périple n’était pas nécessaire à la formation de Mame Thierno : auprès de son Maître, il avait acquis suffisamment de sciences pour en remontrer à plus d’un. Mais, par ce moyen, Serigne Touba voulait lui enseigner que la vraie science n’est pas livresque. Il voulait qu’il apprenne, par son expérience propre, que la Connaissance pure est un don que seul Dieu peut octroyer et qu’Il n’accorde qu’à ceux qu’Il élit. Par cette forme de science qu’il détenait au plus haut point, Cheikh Ahmadou Bamba a pu parfaire la formation de Mame Thierno et lui octroyer des dons qu’il n’a plus jamais attribués à personne d’autre.

Au physique, Mame Thierno Ibra Faty n’était pas grand de taille, mais il avait une prestance remarquable. Peu bavard, il ne riait jamais aux éclats, se contentant seulement de sourire, au besoin. La plupart de ses propos s’articulaient autour du Coran et des Hadiths. Les exemples qu’il citait pour illustrer ses propos se référaient à la vie des prophètes et du plus glorieux d’entre eux, Seydina Mouhamed (P.S.L.). L’argumentaire qui sous tend ses conversations puise amplement dans les conseils et exhortations que prodiguait son guide Cheikh Ahmadou Bamba.

Cheikh Ahmadou Bamba qui l’a formé lui a modelé un caractère tel que Mame Thierno, à l’exemple de son maître, ne craint que Dieu et ne sert que le Meilleur des hommes (P.S.L.)
Jamais Thierno Ibra Faty ne s’est écarté de la voie que lui a tracée Serigne Touba. Il s’est toujours conformé à ses sages directives, et son maître a confirmé à plusieurs reprises, soit de vive voix soit dans des correspondances que sa famille détient encore, que toute sa vie durant Thierno n’a jamais eu de divergence avec lui. Toutes ses préoccupations étaient d’accomplir scrupuleusement les recommandations de Cheikh Ahmadou Bamba et d’accomplir les actes de dévotion. Il a toujours eu comme credo la proclamation de la Parole de Dieu le Très Haut et la vivification de la sunna sacrée du Prophète (P.S.L.).
De Cheikh Ahmadou Bamba, Mame Thierno a appris que la seule hiérarchisation qui vaille entre les créatures de Dieu ne provient pas de la race, de l’origine sociale, de l’état de fortune ou du savoir, mais de la profondeur de la crainte révérencielle qu’on nourrit pour le Créateur. Serigne Touba lui a appris également qu’on ne peut pas servir Dieu sans s’attacher à Le connaître afin de maîtriser les modalités de l’adoration. Il sait aussi que la connaissance sans la piété n’est d’aucune utilité pour la quête spirituelle de l’individu. D’ailleurs, Cheikh Ahmadou Bamba, dans un de ses écrits dira : « Celui qui ne craint pas Dieu n’est pas Alim (savant), même s’il a épuisé toutes les disciplines spirituelles.  » Pour le digne émule de Khadimou Rassoul, la crainte n’existe donc que dans la raison, tandis que le savoir ne peut être profitable que dans la pratique qui, à son tour, ne peut porter ses fruits que lorsqu’elle est sincère et scrupuleuse. Bien entendu, le scrupule consiste à éviter les interdits de Dieu et à accomplir ses recommandations.

Mame Thierno, maître et formateur

L’ attitude de Mame Thierno Ibra Faty en a fait son credo, à un niveau jamais égalé et il a éduqué tous ceux qu’il a eus en charge dans ce sens. Il dirigeait personnellement les cinq prières quotidiennes dans toutes les localités où il séjournait (Gouye Ngoura, Mbacké Kadior, Darou Marnane, Darou Mouhty, etc.) Non seulement il était hors de question que quelqu’un puisse se permettre de rater la prière, mais il exigeait que tout le monde l’accomplisse à la mosquée, de concert tous les autres confrères, à moins qu’on ne puisse invoquer un motif valable.

De source digne de foi, on raconte qu’il avait été amené à remarquer qu’un de ses talibés omettait de procéder à ses ablutions avant la prière sous prétexte qu’une plaie qu’il avait au pied enflait douloureusement au contact de l’eau. Mame Thierno le convainquit alors que c’était Satan qui s’employait ainsi à s’interposer entre lui et son Créateur. Lorsque le talibé reprit, malgré son mal, l’habitude de faire ses ablutions, l’on constata la guérison quasi miraculeuse de la blessure.

C’est donc en compagnie de ses disciples que Mame Thierno sacrifiait à l’ensemble des prescriptions divines, malgré les travaux pénibles et les difficultés liées aux conditions de vie dures dans ces contrées hostiles où il s’était installé. En dépit de tout cela, sans parler de l’éducation des talibés dont il se chargeait personnellement, il exécutait chaque nuit, au moins dix rakkas surérogatoires et procédait à la lecture du tiers du Livre.

Mame Thierno, un soufi rare

Sa vie fut fruste et frugale. Il a toujours habité dans des cases en chaume, sans aucun confort personnel. Pourtant il disposait d’énormes richesses qui provenaient des nombreux dons des talibés et de ses exploitations agricoles. Mais tous ces biens étaient tenus à la disposition de Cheikh Ahmadou Bamba et de sa famille, et des nécessiteux qui sollicitaient souvent son grand cœur. Il y avait certes de beaux lits, de grand prix et en grande quantité, dans ses demeures, mais ils servaient plutôt à honorer les exemplaires du Saint Coran, de Sciences religieuses et les écrits de son maître. Quant à lui, il se contentait d’une simple natte, qu’au demeurant, il considérait comme déjà trop luxueuse.
Sa nourriture était des plus simples et il mangeait très peu. Il n’a jamais voulu, à ce propos, bénéficier de régime de faveur. En conséquence il mangeait, assis à terre comme tout le monde, et dans le même plat que ses disciples.

Voilà donc un homme tellement détaché des biens terrestres que son fils aîné et premier khalife, Serigne Mouhamadou Awa Balla MBACKE, a rapporté qu’un jour, il l’a contraint, lui et ses compagnons, à stopper la construction d’une maison qu’il leur avait commandée. Pour quelle raison ? Simplement parce qu’on avait pensé bien faire en utilisant du ciment pour consolider les fondations et pour préserver les poteaux en bois de la corrosion de la terre et des insectes. Mame Thierno n’a vu dans l’utilisation de ce matériau qu’un attachement trop prononcé aux commodités périssables de ce bas monde éphémère, qui en aucun cas, ne doivent ralentir la marche de l’homme vers la quête des félicités éternelles de l’au delà.

Mame Thierno ne parlait jamais inutilement et aucune futilité ne pouvait retenir son attention. Jamais il ne disait du mal de quelqu’un. Un profond anéantissement dans la volonté de Dieu lui avait donné l’habitude, en toute circonstance, de rendre grâce au Créateur. Ainsi, qu’on lui apprenne un événement heureux ou qu’on lui annonce la plus noire catastrophe, c’était pareil pour lui et son commentaire était invariablement : Al hamdoulilâhi ! (Nous rendons grâce à DIEU).

La générosité exemplaire

La sagesse populaire veut qu’une réputation d’érudition ne puisse s’attacher à un individu que lorsque des érudits reconnus lui décernent ce label. De même, nul ne peut être valablement crédité d’une réputation de générosité tant que ses propres parents n’en attestent pas, pour en avoir fait personnellement l’expérience. Mame Thierno Ibra Faty était donc un homme d’une rare générosité car, à ce propos, les témoignages de ses parents, tout comme ceux de nombreux particuliers qui ont eu à bénéficier de ses largesses, ne se comptent plus. Citons Serigne Fallou MBACKE, le deuxième khalife de Serigne Touba qui a eu à dire : « Je viens m’en ouvrir de mes difficultés au généreux donateur de Darou Mouhty. Il est celui dont les qualités sont louées de partout. Sa générosité n’est jamais prise à défaut : elle est d’égale profondeur, aux moments d’abondance comme en période de pénurie.  »
Citons également le grand maître Mouhamadou Al Deymani :

 » Ibrahima est celui qui n’a point d’égal 
Généreux toute son existence, qu’il est bon,
Doté d’une érudition et dont la bonne conduite, l’accueil et la
Générosité profitent à tous, proches (parents) comme étrangers. « 

Mame Thierno n’a jamais éconduit un solliciteur. Bien au contraire, il accédait, séance tenante, aux demandes de tous ceux qui recouraient à sa main secourable. Sa parole était sacrée et jamais il n’a manqué de la respecter.
Cette réputation de générosité qui s’attachait à Mame Thierno explique qu’il n’a laissé à sa famille pour tout héritage que ce qu’il a reçu de Serigne Touba (vêtements, draps de lits, etc.) Toute autre chose qu’il recevait, était immédiatement dépensé pour la face de Dieu.
En effet, jamais Mame Thierno, même s’il savait qu’il subissait des préjudices sur ses biens, n’a manifesté le moindre état d’âme, perceptible dans ses attitudes ou dans ses comportements. Même s’il savait que certains de ses proches utilisaient à des fins personnelles ses biens, cela ne l’a jamais irrité. Plus grave ! Il arrivait que certains poussent l’outrecuidance jusqu’à lui revendre, à des prix très élevés, des biens qu’il savait pourtant lui appartenir. Qu’à cela ne tienne : il le rachetait tout bonnement, comme si de rien n’était.[/toggle]

[toggle title= »Mame Cheikh Ibrahima Fall » open= »no »]

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Les Origines de CHEIKH IBRA FALL

Ndiaby Fall se trouve a deux kilomètres au sud de la ville de Kebemer . C’est dans cette localité que naquit CHEIKH IBRA FALL vers 1855 .C’est une province habitée par des GUEDJI et des DOROBE (noblesse du cayor ) pouvant prétendre à l’exercice du pouvoir. Contrairement à une tendance qui voudrait que Ndiaby Fall ait été fondée au XVIII ème siècle .
Cette contrée a préexisté à la bataille de Danki (11459). Ndiaby fait partie des localités appelées Falléne-Dedd (du nom de Fall) qui ont eu à hébergé  » les premiers Lamanes du Kayor (propriétaires terriens), devenus plus tard la dynastie royale du Kayor et du Baol, à la suite du triomphe du Lamane Ngoné Sobel sur le Bourba Djoloff au XV ème siècle. On peut citer entre autres Palléne-Dedd, Nguiguis, Ndande, etc.

 DE NDIABY FALL…

Ainsi il est établi sans doute que Cheikh Ibra Fall est un garmi. Cette assertion nous semble revêtir une grande importance, parce qu’elle devra être l’une des bases fondamentales d’un quelconque travail sur le cheikh. Il faut également souligner que Ndiaby deviendra un grand centre d’enseignement coranique à l’image de Pire ou de Coki. Les ascendants de Cheikh Ibra Fall furent de grands érudits connus dans la province. Il s’agit de Yoro Ndiaby Fall et de Barane Ndiaby Fall. Modou Rokhaya Fall est un Garni .

Cette assertion nous semble revêtir une importance ,parce qu’elle devra être l’une des bases fondamentales d’un quelconque travail sur le CHEIKH. Il faut également souligner que NDIABY deviendra un grand centre d’enseignement coranique à l’image de PIRE ou KOKI.Les ascendants de CHEIKH IBRA FALL furent de grands érudits connus dans la province. Il s’agit de YORO NDIABY FALL et de BARANE NDIABY FALL. MODOU ROKHAYA FALL ,père de MAME CHEIKH IBRA FALL est un descendant direct de BARANE NDIABY FALL. Mais il se marias la famille de ses oncles maternels habitant dans le NDIRA,plus précisément à WAKHI.Il eut avec Sokhna SEYNABOU NDIAYE ,IBRAHIMA FALL(le futur LAMP FALL),SALIOU FALL et ROKHAYA FALL.
Quelques années après la naissance de cette dernière ,il quitta (pour des raisons encore inconnues)Ndiaby pour aller dans le Ndiaré .Il s’installa dans un village appelé Sali Asta où il a vécu peu de temps avec ses enfants avant de mourir. De toutes les manières intervalle de temps à déterminer parce que ce que fut nécessaire pour inculquer à CHEIKH IBRA FALL le Coran et les rudiments de la langue arabe. Il disait avoir appris intégralement de son père (les fiches de l’administration coloniale l’attestent ainsi que ceux recueillis oralement).Sokhna SEYNABOU NDIAYE se maria dans la contrée ,mais les enfants issus de ce second mariage n’ont pas survécu à la forte mortalité de l’époque .

Devenu grand et fort, Cheikh IBRA FALL resta auprès des siens pour soutenir moralement et matériellement sa mère.

A WAKHI

Cette localité est située actuellement dans le département de Louga entre NDIAGNE et WARAKH. C’est dans cette partie du NDIARE qu’il faudra replacer MAME CHEIKH IBRA FALL. Il y passa une bonne partie de son enfance. Au juste ,il a vécu dans trois localités :NDIABY FALL,SALLY ASTA et WAKHI. Mais il a beaucoup plus duré dans les deux dernières localités situées dans le NDIARE au cœur même du NDIAMBOUR.

D’ailleurs, l’administrateur colonial l’a toujours présenté comme un NDIAMBOUR-NDIAMBOUR . Ainsi, dans la fiche signalétique des services de police coloniale ,un informateur mal averti indique que CHEIKH IBRA FALL était né à Keur Atoumane Fall situé dans le NDIAMBOUR. Malheureusement, ce sont de telles informations qui sont reprises par certains chercheurs, distillant volontairement ou involontairement des contre-vérités. Le NDIARE est une province du NDIAMBOUR , à la limite de la frontière naturelle avec le KAYOR. Il a acquis sa renommée pour deux raisons.

La première est liée à la présence des grands érudits musulmans. La seconde est que le NDIARE consacrait à tout fugitif ou esclave une impunité et une libération. Ce statut lui était reconnu par tous les royaumes du Sénégal . C’était une sorte de Suisse ,eu égard au rôle qu’elle a joué lors de la seconde guerre mondiale . Les origines Ndiambour-Ndiambour de CHEIKH IBRA FALL furent un atout important . Elles développèrent en lui une certaine ouverture d’esprit. Le Ndiambour était une zone circulation des marchandises venant du Mali, du Maghreb et de l’intérieur du Sénégal. Le commerce demeurait l’activité dominante de la province. Ainsi, le Ndiambour devenait un lieu de brassage culturel car des produits de toutes sortes fusaient de partout pour converger vers ce haut lieu. Cheikh Ibra Fall a grandi dans cette localité. Ainsi il devait être imprégné d’une certaine philosophie de la communication.

La réussite économique du mouridisme doit beaucoup aux larges capacités de Cheikh Ibra Fall acquises durant son existence dans le Ndiambour.

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[title size= »3″]La rencontre avec Serigne Touba[/title]

On considère que la conversion de Cheikh Ibra Fall au mouridisme marque une date charnière en ce qu’elle va donner une nouvelle impulsion à la confrérie. Prédestinée, cette rencontre s’est déroulée dans des circonstances qui ont laissés perplexes les contemporains même de Serigne Touba. Et ce qui devait arriver, arriva : le décret divin s’accomplit, pour la plus grande gloire de l’islam en Afrique et dans le monde. Après ses études coraniques complétées par la connaissances de la science islamique, Cheikh Ibra décida de quitter son fief originel. Quelles sont les raisons qui sont à la base d’une telle décision ? il serait périlleux de se livrer à une démarche qui partirait d’une seule hypothèse.

A ce niveau il existe beaucoup de supputations et de conjectures parfois teintées de légende.

Cependant nous partirons de deux versions pour avoir une approche qui aura la chance de nous mener vers la vérité. En ce qui concerne la première, Cheikh Ibra nous est présenté comme étant un illuminé. Cette élévation mystique lui a toujours été reconnue par son entourage. Etant très jeune, il se plaisait à méditer et à se recueillir. On peut citer l’épisode du  » Daxaar-Mbet  » qui est le nom donné à un tamarinier célèbre de Ndiaby-Fall. Un jour, les villages de Ndiaby sont alertés par les cris d’une biche aux alentours de l’arbre. Ils accoururent en masse. Dès leur arrivée, le jeune Ibrahima Fall lâcha l’animal. A la question de savoir pourquoi il avait fait cela, il leur répondit.  » N’avez-vous pas entendu ce que l’animal me disait ? Il me suppliait de lui laisser la vie sauve. En outre celui qui est pardonné (par Dieu) doit aussi savoir pardonner « . De nos jours, l’arbre fait partie des sanctuaires pour le pèlerinage des fidèles. On admet également que Cheikh Ibra parlait très souvent de celui qu’il doit servir (Cheikh Ahmadou Bamba). Suivant cette hypothèse, Cheikh Ibra Fall se sentait prédestiné à une mission qui devenait de plus en plus claire au fur et à mesure qu’il prenait de l’âge.

Ainsi, à la maturité, l’illumination se transforme en rêve prémonitoire. Il aurait vu Serigne Touba en rêve et c’est à partir de ce moment qu’il décida de partir à sa recherche.

La seconde version communément admise par les chercheurs et l’administration coloniale, fait de Cheikh Ibra un riche commerçant dont les affaires prospéraient un peu partout dans les localités du Ndiambour, du Baol et du Kayor. C’est au cours de ces nombreux déplacements qu’il rencontra Cheikh Ahmadou Bamba.

La dimension mystique du Cheikh exerça un effet important sur lui et il gela toutes ses activités pour se consacrer au guide spirituel du mouridisme. Cette dernière hypothèse est balayée par ce que l’on appelle les pérégrinations. En effet, il est établi que Cheikh Ibra Fall imbu de soif religieuses et d’un désir ardent de retrouver celui qui sera plus tard son maître, a séjourné dans plusieurs localités. L’inspiration divine lui avait suggéré le nom de Ahmadou Bamba, mais il ignorait au juste de quoi il s’agissait. Il semblerait qu’il aurait séjourné en Gambie quelques temps dans une localité du nom de ‘Bamba’.

La dernière étape des pérégrinations est, sans doute, Taïba Daxaar chez un marbout du nom de Serigne Bamba Sylla. C’est là qu’il rencontra les émissaires de Cheikh Ahmadou Bamba venus remettre des présents à son maître qui s’était lié d’amitié avec Mame Mor Anta Sally. Dans tous ces déplacements, Cheikh Ibra a cru retrouver le Bamba qui ne cessait de retenir dans son subconscient. Cheikh Ibra parvint à rencontrer Ahmadou Bamba, par l’entremise de Cheikh Adama Guèye qui faisait partie des émissaires venus vers Serigne Bamba Sylla ou Serigne Taïba Daxaar. La rencontre a eu lieu le 20 du mois de Ramadan à M’backé Kadjoor. Lorsque Serigne Touba fut mis au courant que ses émissaires étaient revenus accompagnés d’un hôte, il demanda que celui-ci lui soit présenté.

A la vue de Cheikh Ahmadou Bamba, Cheikh Ibra Fall se sentit transporté dans un autre univers. Il eut l’intime conviction qu’il venait de trouver ce qu’il avait tant cherché. Alors, il enleva son boubou et s’agenouilla devant Cheikh Ahmadou Bamba. Cette attitude témoigne d’une certaine philosophie dans la société woloff. Un esclave se tenait dans la même position, torse nu devant le nouveau maître qui venait de l’acquérir. Cet épisode de la rencontre entre Cheikh Bamba et Mame Cheikh Ibrahima Fall revêt une importance capitale dans la compréhension de cette dialectique qui s’est tissée entre les deux hommes.

L’attitude de Cheikh Ibra est pleine de symbolisme. Mais c’est dans le discours qu’ils se sont tenus que tout ce symbolisme aura mieux rejailli. Il serait difficile voire impossible de rendre (en français) textuellement ce qu’ils se sont dits . Serigne Bassirou Mbacké, nous en rapporte quelques éléments dans son ouvrage théologique ‘’ Les Bienfaits de l’Eternel’’ qui est une sorte de biographie de Serigne Touba Mbacké, nous en rapporte quelques éléments dans son ouvrage théologique intitulé ‘’ Les bienfaits de l’Eternel ‘’ qui est une sorte de biographie de Serigne Touba.

Ainsi le grand Mouride Cheikh Ibrahima Fall, qui fut d’ailleurs un des grands hommes de bonne intention a écrit : ‘’quand je me suis présenté au Cheikh pour lui faire serment d’affiliation’’. Je n’ai quitté ma maison que pour chercher un tel guide, je ne trouvais que sa tombe, la véracité de mon intention de suivre son exemple me ferait parvenir à mon objectif. Je vous prête serment de n’acquérir rien de ce monde et de me préoccuper exclusivement de Dieu et de la vie future. ‘’ Alors, le Cheikh lui répondit :’’O Ibrahima ! Quant à moi, si je n’avais des traces du Prophète que ces étoiles et ce ciel (qu’il est établi de manière authentique que le Prophète les regardant), j’aurais été sûr que mon intention à son service et mon amour pour lui m’assureraient la satisfaction de mes besoins et la conduite (dans la bonne voie) conformément au meilleur destin que Dieu Très-Haut a réservé à celui à qui il a été donné la foi et l’amour en lui.
Cela dit, j’agrée votre serment et vous tiens à obéir aux ordres et à voter les interdictions et à orienter votre préoccupation vers Dieu. Mais n’attendez de moi dans cette vie ni abri vous protègeant du soleil ni autre bien matériel’’. Le mouridisme a pris comme acte de naissance l’affiliation de Cheikh Ibra et la disparition de Mame Mor Anta Sally en 1883.

La présence de Cheikh Ibra et la disparition de Mame Mor Anta Sally sont les catalyseurs de l’émergence de cette confrérie. De 1883 au 30 juin 1930 date de sa disparition, Mame Cheikh Ibrahima Fall aura été le personnage central du mouridisme. Son empreinte y reste et demeure ad vita aeternam. Elle est encore visible à travers les Baay Fall.

Les origines du mouvement Baay Fall

Il faut souligner que le mot Baay Fall vient de la langue Wolof. Il est composé de ‘’baay’’ et ‘’Fall’’. ‘’Baay’’ signifie le père alors que ‘’ Fall’’ est un nom que porte une grande partie de la communauté wolof. C’est aussi le patronyme du fondateur de la famille des ‘’Baay Fall’’. Donc littéralement Baay Fall voudraient dire ‘’ Père Fall’’.

De fait, le wolof fait précéder du mot ‘’Baay’’, les phénomènes qu’il qualifie, en y incluant la notion de propriété individuelle. Ainsi, on dira ‘’Baay Sikim’’, parce que l’homme dispose d’une barbe peu ordinaire. On peut utiliser également le mot ‘’baay’’ pour magnifier une personne, une réalité, etc. Dans tous les cas, le mot dégage un certain humour qui peut, parfois, tourner à la satire. Par exemple ‘’Baay Touba’’ renferme plus ce statut que de l’humour. Comme aujourd’hui, du reste, du reste, on dirait ‘’Baay Touba’’ renferme plus ce statut que de l’humour.

Comme aujourd’hui, du reste, on dirait ‘’Baay alcati’’ pour dénoncer souvent la puissance arbitraire du policier. Bref, le mot reflète, une certaine ambivalence difficile à contourner, si l’on sait que le khalife général des mourides fut appelé en son temps ‘’Baay Lahad’’-Serigne Abdoul Ahad- parce qu’on voulait témoigner de son caractère et de ses principes imperturbables. Pour comprendre le mot Baay Fall, il faut retenir le dernier sens que nous venons d’illustrer à travers ‘’Baay Lahad’’. Toutefois, on ne devrait pas refuser les autres significations du mot.

Cela nous permet de saisir toute la réalité du mouvement. Durant la mise en place des structures du mouridisme, on ne fait de différenciation entre mourides et Baay Fall. C’est par la suite que le concept a fait son apparition. A cette époque, les talibés de Cheikh Ibra se sont singularisés à travers un comportement et un mode de vie qui furent souvent décriés par les populations appartenant aux autres confréries.

Paul Marty explique les multiples plaintes comme relevant d’une malhonnêteté intellectuelle (voir par ailleurs, Cheikh Ibra, ministre des affaires économiques du mouridisme.)

(Texte tiré du Journal ‘Touba’, Bimestriel Islamique d’Informations Générales, d’Analyses et de réflexions Déc 2000-Jan.2001, n°7.)

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[toggle title= »Serigne N’Dame Abdou Rahmane LO » open= »no »]

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1853-1944 LE GRAND MAÎTRE

Serigne N’Dame Abdou Rahmane LO était un des fidèles compagnons de Cheikh Ahmadou Bamba. Cet homme faisait partie, en effet, de cette génération qui reçut du Cheikh lui-même une éducation pratique, une formation mystique ainsi que les fondements essentiels de sa nouvelle voie : le Mouridisme.

 Sa naissance et son éducation :

Né à Méoundou (dans l’actuel département de Tivaouane) au cours du mois de Rabî  al awwal 1271 de l’Hégire (vers 1853-1854) de Serigne Mouhammad LO et de Sokhna Mariama SECK, Serigne N’Dame grandit au sein de cette grande  famille réputée depuis fort longtemps pour l’érudition, la piété et la noblesse de ses membres.

Lorsqu’il atteignit l’âge de scolarité, il fut confié à Serigne Massata DIAKHATE chez qui il apprit et mémorisa, en peu de temps, le saint Coran puis le transcrivit, selon la coutume, avant de se rendre ensuite à la célèbre université de Pire pour y perfectionner ses connaissances du Livre et entamer l’étude des sciences islamiques. Ces études achevées, il se dirigea vers Nguick auprès du grand érudit Serigne Mor Madieng Falo. Il y effectua des études approfondies en grammaire et en jurisprudence islamique. Il acheva, en fin, ses voyages d’apprentissage à Pathar à l’école de l’illustre érudit Serigne Momar Anta Saly père de Cheikh Ahmadou Bamba.

Ses relations avec le Cheikh :

C’est dans cette école très célébre que Serigne N’Dame vivait avec Cheikh Ahmadou Bamba qui y dispensait des  cours sous la supervision de son éminent père. Serigne N’Dame lui apporta une collaboration précieuse et déterminante dans ses tâches. Il n’hésita même pas à apprendre et enseigner ensuite les ouvrages que le Cheikh composait à l’époque.

A la disparition de Serigne Momar Anta Saly, la gestion de l’école revenait au Cheikh. Décidé, plus tard, à faire une tournée au Sénégal et en Mauritanie, le nouveau maître confia à Serigne N’Dame la charge d’assurer son intérim, ce qui constitue une parfaite illustration de la confiance du Cheikh. Quelques mois après, Cheikh Ahmadou Bamba réunit tous ceux qui étaient à l’école et leur communiqua qu’une mission divine venait de lui être confiée qui consistait à revivifier et à restaurer la Sunna du Prophète ainsi qu’à réformer la Communauté musulmane. Cela rendit nécessaire l’adoption d’une nouvelle méthode d’éducation et de formation. Par conséquent, ceux qui avaient les mêmes ambitions que lui et qui voulaient rester devraient se soumettre entièrement à ses ordres et orientations.
Cheikh Abdou Rahmane LO fut parmi les premiers à faire la bay’ah (pacte d’allégeance). Bien qu’il eût pratiquement le même âge que le Cheikh, Serigne Ndame fit preuve d’un dévouement hors du commun et joua, ainsi un rôle déterminant dans la mission grandiose de Cheikh Ahmadou bamba.

Son rôle dans la mission du Cheikh :

En fait, la première promotion d’adeptes formés par le Cheikh lui-même, se sont, par la suite, chargés, chacun dans un domaine, de réaliser  les projets éducatifs et sociaux de leur Cheikh. C’est ainsi que Serigne Ndame s’occupa d’un des plus importants domaines si ce n’est le plus important : l’enseignement du Coran. Nul n’ignore, en effet, la place prépondérante du Coran dans le jihâd du Cheikh. Il est la pierre angulaire de ses enseignements ,son arme efficace face aux ennemis de l’Islam et à Satan, comme il le dit dans nombreux de ses poèmes.

Par ailleurs, Cheikh Abdou Rahmane restait au côté du Cheikh durant tous ses déplacements de Mbacké Kajoor à Dâr al Alîm et al Habîr (actuel Ndame) où le Cheikh l’installa définitivement pour qu’il s’adonnât entièrement à l’enseignement. C’est précisément dans cette localité que la plupart des fils et des filles du Cheikh apprirent le Coran grâce au dévouement de leur maître. Ce dévouement qui lui valut une position privilégiée auprès du Cheikh.
Sa position auprès du Cheikh :

Confident et conseiller du Cheikh, Serigne Ndame bénéficiait auprès de celui-ci d’une absolue et immense confiance : le Cheikh lui confia l’instruction de ses frères cadets et, plus tard, de ses propres enfants avant de lui donner pour épouses successivement deux de ses filles : Sokhna Fatimtou puis Sokhna Mouslimatou. Cela prouve, s’il en est encore besoin, que Serigne Ndame, grâce à ses bonnes qualités jouissait d’une haute estime de la part de Cheikh Ahmadou Bamba et de sa famille.

Ses qualités et sa conduite :

Comme le dit cet adage « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dis qui tu es », le propre de l’homme est de se comporter à l’image de ses amis et compagnons. Il va de soi donc que Cheikh Abdou Rahmane LO, disciple et compagnon de première heure du Cheikh, était un homme exemplaire.

Ainsi, était-il très vertueux, respectueux d’une façon exceptionnelle des obligations religieuses et assidu dans le travail sans répit. Les futilités de ce bas monde n’ont jamais retenu son attention. Il était un homme de vérité et de courage, un dévot qui passait ses journées à jeûner et ses nuits à prier et à réciter les versets coraniques.

Sa disparition :

Lorsque Cheikh Abdou Rahmane LO fut d’un âge très avancé, ses propres fils et disciples, parfaitement préparés, prirent le relais. Sa mission fut alors poursuivie avec succès, grâce à

Dieu. Ainsi, Dâr al Alîm al Habîr resta un centre de rayonnement que Serigne Ndame continuait à superviser jusqu’à ce qu’il fût rappelé à Dieu au mois de Chaabane 1363 à l’hégire (1944). De nombreux poèmes furent composés pour faire son éloge et vanter ses mérites.

Que Dieu Le Tout-Puissant soit satisfait de lui et qu’Il guide les pas de ses successeurs. Amen !

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[toggle title= »Mame Cheikh Anta Mbacké » open= »no »]

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Cheikh Moukhtar Mbacké, communément appelé Mame Cheikh Anta, ou l’argentier du Mouridisme est né à Porokhane dans la région du Saloum dans les années 1860 (les dates mentionnées varient de 1860 à 1867 selon les sources). Fils de la vertueuse Mame Anta Ndiaye cousine de Sokhna Diarra Bousso et de Momar Anta Saly, il est le frère cadet d’Ahmadou Bamba.

Ses études

Il a appris le Coran auprés des maîtres coraniques célèbres. Le plus connu parmi eux, pour lui avoir enseigné le plus est Cheikh Abdourahmane LO. C’est auprés de son grand frère Serigne Mor Diarra qu’il a étudié les sciences religieuses avnt de rejoindre Cheikh Ahmadou Bamba qu’il ne quittera plus jamais.

Son éducation

Mame Cheikh Anta voyait en son frère Cheikh Ahmadou Bamba un homme de Dieu, un guide spirituel qui perfectionnait, à courte durée, l’état de ses compagnons et améliorait leurs actes. Il n’avait pas hésité à se soumettre à ses ordres. Il lui vouait une obéissane totale et cherchait à chaque instant à le satisfaire. Il a été parmi les personnes à recevoir l’éducation du Cheikh et sa formation. Celui-ci accordait une attention particulière à la formation de son disciple et frère ; il le préparait aux tâches importantes qu’il devra assumer par la suite en faveur du mouvement mouride et de ses fidèles. Faisant preuve d’une parfaite disposition à recevoir cette formation ; Mame Cheikh Anta était devenu l’un des hmmes de confiance du Cheikh et l’un de ses conseillers les plus proches, leurs correspondances en constituent une parfaite illustration.

Mame Cheikh Anta, une personnalité multidimensionnelle

A l’instar de tous les grands hommes du Mouridisme formés par le Cheikh, Borom Gawaan était un éducateur spirituel ayant sous sa direction plusieurs daaras. Il s’est d’abord employé à démultiplier l’enseignement du Maître. Dans ce domaine, il s’est montré si efficace que bientôt il reçut l’allégeance d’une foule nombreuse de talibés. Il les organisa en daaras productifs et prospères à l’image de Gawane qu’il fonda en 1905 non loin de la localité de Bambey. Dans ces daaras, ses disciples exerçaient comme activité secondaire une agriculture de grande envergure. Cependant il ne se contentait pas de cette activité traditionnelle qui ne satisfaisait pas ses grandes et nobles ambitions pour plusieurs raisons.

D’abord, il y avait devant lui ce mouvement naissant dirigé par son frère et guide qui était confronté à d’énormes difficultés et entouré de menaces de la part des ennemis de l’Islam. Les disciples subissaient de grâves atrocités. A cela s’ajoutaient les nécessités de la vie quotidienne et les recommandations de l’Islam qui font de l’aide aux nécessiteux une obligation.

Borom Gawaan ne puvait avoir la conscience tranquille devant cette situation préoccupante qui nécessitait pour l’atténuer ou pour s’en sortir, l’assurance d’une autonomie financière.

Après avoir bien analysé la situation, il s’était lancé dans le domaine de l’investissement ; il importait et tissait de vastes relations commerciales avec de grands financiers de son époque. De par ses activités d’opérateur économique il avait acquis un solide réseau de relations. Mais il n’en a jamais abusé pour obtenir des passe-droits ou des privilèges illégaux. Tout juste s’en est-il servi pour la promotion et la préservation des intérêts de la communauté. Il est à noter que cet homme très au fait de la charia n’a jamais employé de moyens illicites dans ses transactions avec ses partenaires d’affaires. Il devient ainsi l’un des plus importants hommes d’affaires du pays. Il possédait des biens, des fonds, un parc automobile impressionnant et plusieurs magasins. Il a été même considéré en 1919 comme l’homme le plus riche du pays. Mais avec une générosité légendaire, Mame Cheikh Anta consacrait tous ses biens au service des musulmans, en général, et des mouriddes en particulier. C’est en tout cas son exceptionnelle prospérité financière et sa propension à faire le bien autour de lui qui lui valut l’appellation  » Borom Dërëm ak Gërëm  »

Mame Cheikh Anta et la vie politique

Il s’intéressait à la vie politique du pays. Il observait ses importantes mutations en suivant de très prés les informations. Il cherchait même à avoir une certaine influence sur cette politique en soutenant l’un des acteurs en compétition afin de sauvegarder l’intêret général et celui des musulmans. C’est ainsi qu’il avait porté son soutien à la candidature de Ngalandou Diouf à la députation au parlement français.

Sa déportation à Ségou

Cette attitude de Mame Cheikh Anta dans ces élections lui avait valu la colère de Blaise Diagne, l’adversaire de Ngalandou. Après avoir formenté de fausses accusations, Blaise avait donné l’ordre de l’interner jusqu’à Ségou de 1929 à 1935. Dans une déclaration, Serigne Mbacké Bousso a défendu la position de Borom Gawaan en prouvant sa bonne foi et son innocence et en démontrant que son accusation n’était, en fait, qu’une machination sans aucun fondement de vérité.

En réalité, cette déclaration était davantage un soutien moral et une dénonciation de cet acte odieux qu’une simple preuve d’innoncence de Mame Cheikh Anta. Elle illustre bien aussi la profondeur des relations des deux hommes.

Ses actions et réalisations

Borm Gawaan avait consacré toute sa vie aux œuvres profitables à l’ensemble des musulmans, à la contribution à la prospérité de la communauté mouride et au soulagement des souffrances des fidèles.

Ayant comme slogan ce verst du Saint Coran « Tout ce que vous dépensez dans la bonne cause, Dieu le saura », Mame Cheikh Anta avait toujours fait preuve d’une générosité légendaire dans les moments difficiles. Ses réalisations sont ainsi innombrabres, toutefois, nous tenons à en citer à titre d’exemples quelques unes :

  • lors d’une grave sécheresse il avait distribué aux sinistrés une quantité de riz estimée à plusieurs milliers de tonnes ;
  • il prenait en charge et sauvegarder les infrastructures de la communauté contre les oppresseurs et les agresseurs ;
  • il soutenait les petits commerçants en leur accordant beaucoup de facilités sur le plan financier ;
  • au compte de son maître, il s’acquittait de certaines obligations familiales comme en 1922, c’est lui qui conduisit la délégation que Khadimou Rassoul envoya à Tivaouane pour présenter ses condoléances lors du rappel à Dieu de Seydi El hadji Malick SY ;
  • il intervenait beaucoup auprés des autorités coloniales, tantôt pour recueillir des informations concernant son frère et maître, tantôt pour demender le retour de ce dernier ;
  • il a aménagé des routes à Diourbel pour faciliter l’accés des visiteurs à la résidence du Cheikh ;
  • il a été le premier à faire imprimer un recueil de poèmes composés par le Cheikh ;
  • il a réalisé l’un des vœux chers du Cheikh en faisant le pèlerinage à la mecque en compagnie de Serigne Fallou Mbacké et d’autres prédestinés.

Son pèlerinage

Les péripéties de ce voyage sont racontées dans un récit écrit par Serigne Fallou lui-même.

Le 07 mars 1928, au nom de toute la communauté mouride et notamment à la mémoire de Serigne Touba, Mame Cheikh accompli le pèlerinage aux Lieux Saints de l’Islam. Cette expédition mémorable fut effectuée en compagnie de Serigne Fallou MBACKE. Egalement de la partie, il y avait Serigne Mbacké BOUSSO, Serigne Moulaye BOUSSO, Serigne Tacko MBACKE (second fils de Mame Cheikh Anta). Trois de ses principaux talibés complétaient la délégation. Il s’agit de : Serigne Modou Ndiaye DIOP, Serigne Ibrahima DIA, Serigne Mayoro FALL.

Mame Cheikh Anta finança entièrement l’expédition de sa poche, depuis les billets en première classe jusqu’aux provisions consommées durant tout le voyage. Les escales en France, au Caire, comme le séjour en Terre Sainte ont été impressionnants, tant Mame Cheikh, en aucune fois n’a lésiné sur les dépenses, pour assurer la qualité à ses compagnons d’équipée.

Des Lieux Saints, il rapporta diverses reliques dont un manuscrit du Coran reconnu parmi l’un des plus anciens qui existe. Il rapporta également les couvertures qui revêtaient les mausolées du Prophète (P.S.L.) et de ses principaux compagnons (que Dieu les comble de bienfaits.) Ces couvertures serviront à recouvrir les mausolées de Khadimou Rassoul et de ses principaux disciples. Mame Cheikh Anta se réserva celle de Seydina Hamza, un oncle et fidèle compagnon du Prophète (P.S.L.), afin que son propre mausolée en soit paré après sa disparition.

Ses relations avec le Cheikh et sa famille

Borom Gawaan entretenait d’excellentes relations aussi bien avec le Cheikh et ses proches qu’avec les autres.

Les profondes et exceptionnelles relations spirituelles qui le liaient à son frère et maître depuis sa tendre enfance se sont renforcées au fil des années. Fidèle entre les fidèles, Mame Cheikh Anta a été l’une des rares personnes à avoir rendu visite à Serigne Touba dans son exil gabonais (il l’a trouvé à Lambaréné). De ce voyage mémorable, il a rapporté des écrits du Cheikh qu’il imprima par la suite. Il a également rapporté des directives destinées à Mame Thierno Ibra Faty qui avait en charge les destinées de la communauté en l’absence du Maître. Il a surtout rapporté aux talibés la certitude que le Maître était bien vivant et qu’il allait revenir parmi les siens, contrairement aux informations distillées par l’autorité coloniale dans le but de les démoraliser.

Quant à ses liens avec ses proches et les autres figures du mouridisme, ils étaient bien connus : il jouisssait du respect et de l’amitié de tous sans exception aucune. Toutefois, l’amitié qui le liait à Serigne Mbacké Bousso et à Cheikh Mouhammad Fadel était singulière. Profondément touchés par sa déportation à Ségou, chacun lui avait témoigné son soutien ; l’un par écrit et l’autre par une visite qu’il lui a rendue à Ségou et au cours de laquelle il lui a prédit la fin des épreuves et son retour imminent à son pays.

Par ailleurs Mame Cheikh Anta avait tissé de vastes et bonnes relations avec le monde extérieur en raison de ses activités commerciales.

En somme, la vie de cette personnalité témoigne d’une ferme et sincère détermination, d’une vision extraordinaire et d’un dévouement inégalable au service du Cheikh, de ses disciples et de l’ensemble des musulmans.

L’importance et la portée de ses positions nous rappellent en effet le troisième khalifde l’Islam Sayyidina Ousmane ibn Affan que Dieu l’agrée de ses largesses.

Le fait que Cheikhoul Khadim lui ait confié Darou Salam, son premier village, et lui ait réservé l’honneur de sa réception à son retour d’éxil au Gabon illustrent parfaitement sa confiance et son estime pour son frère et disciple Cheikh Anta. Ces festivités, demeurées mémorables, sont chaque année commémorées dans la ferveur et l’enthousiasme. C’est le fameux Magal de Darou Salam qu’on peut considérer comme le premier magal organisé par la communauté mouride.

Borom Gawaan a été rappelé à Dieu en mai 1941 à Darou Salam où se trouve son mausolée.

Ses khalifs

L’œuvre de Mame Cheikh Anta a été perpétuée par des Khalifes qui ont pour caractère commun leur intransigeance contre les appâts des mondanités, leur rejet de la compromission avec le pouvoir temporel et le caractère tranchant de leur discours qui rejette tout ce qui n’est pas l’Islam et le service de Serigne Touba. Ainsi, se sont tour à tour distingués :

  •  Serigne Modou Mamoune MBACKE (1941 -1969), celui-là même que Serigne Touba a dépeint comme un homme exempt de péché.
  •  Serigne Tacko MBACKE (1969 -1975) qui a accompagné son père dans son pèlerinage à La Mecque. Les anciens s’accordent sur sa ressemblance caractérielle avec Mame Cheikh Anta MBACKE, même générosité discrète, même jovialité conviviale.
  •  Serigne Ibra MBACKE « Ndar » (1975 -1987), ainsi appelé à cause de ses origines saint-louisiennes. Il a laissé le souvenir d’un homme d’ouverture qui a allié l’exercice du Khalifat de Mame Momar Anta Sally et celui de Borom Gawane. Avec lui, Darou Salam s’est adjugé le record des contributions à l’œuvre de Serigne Touba.
  •  Serigne Samme MBACKE (1987 -1998) connu pour sa haute élévation morale et spirituelle. Il a réfectionné et embelli le mausolée de Borom Gawane et assuré l’extension de Darou Salam. On garde de lui le souvenir d’un homme généreux, désintéressé et hospitalier.
  •  Serigne Moustapha Thieytou MBACKE (1998-2001) était un érudit doublé d’un travailleur infatigable. C’était la discrétion faite homme. Comme Serigne Saliou, il était ennemi du paraître et des mondanités. Il s’investissait à fond dans les projets porteurs de progrès pour la communauté. D’ailleurs, il était très en phase avec Serigne Saliou dont il partageait les vues et ambitions pour le mouridisme.
  • Serigne Hamidoun MBACKE (2001-2009) fils de Soxna Mbacké bintou Mame Mor Diarra Mbacké, grand frère de Serigne Touba et de Serigne Modou Mamoune Mbacké, fils aîné de Mame Cheikh Anta Mbacké, il a assuré le Khalifat de son père 13 ans durant et celui de son grand-père pendant 8 ans. L’histoire retiendra que c’est lui qui a ouvert le Khalifat des petits-fils à Darou Salam. Rappelé à DIEU le soir du dimanche 22 février 2009, c’est son demi-frère, Serigne Ass Guédé Mbacké, et Imam de Darou Salam qui lui a succédé.

Que Dieu puisse l’agréer et bénir les actes de ses successeurs !

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[toggle title= »Serigne Mbacké Bousso » open= »no »]

Serigne Mbacké naquit en 1864 à Mboussobé dans le Djolof. Il fit ses études coraniques auprès de son père, puis auprès de son homonyme l’oncle maternel de son père Tafsir MBACKE Ndoumbé. Ce dernier assura également une importante partie de la formation religieuse de Serigne Mbacké qui, par la suite, suivit des cours de théologie, de grammaire et de soufisme auprès de son cousin et ami, Cheikh Ahmad Bamba. Il mena des études supérieures en droit et en grammaire sous la conduite du célèbre professeur Samba Toucouleur KA.

 Rentré à Mbacké Baol où vivait sa famille, il secondait son père dans ses différentes tâches d’enseignement et de consultance religieuse (fatwa)… Profondément secoué par le décès de son père, l’exil de son cousin et ami Ahmad Bamba et l’incendie de ses livres survenus en 1895, il rejoignit Mawlay Nasir, un chérif Sénégalo-Marocain installé à Tivaouane à qui une très profonde amitié le liait. Serigne Mbacké fut son plus proche collaborateur dans le domaine de l’enseignement et de la consultance religieuse jusqu’à sa mort en 1901.

A son retour d’exil en 1902, Cheikh A. Bamba rappela Serigne Mbacké qui s’installa à Daroul Mannan, dans les environs de Touba où il fonda un village baptisé Al Azhar du nom de la célèbre université millénaire du Caire. Il y passa 20 ans puis il créa un autre village dans la banlieue nord de Touba, appelé Guédé du nom du village d’origine des Boussobés dans le Laaw, au Fouta. C’est là qu’il passa le reste de ses jours avec ses enfants, tout en poursuivant l’enseignement et la recherche et c’est de là également qu’il partit pour le pèlerinage à la Mecque en 1928 en compagnie d’une délégation de personnalités mourides comprenant Cheikh Anta MBACKE, Serigne Falilou MBACKE (2ème Khalife), Serigne Takko MBACKE, etc. Serigne MBACKE fut rappelé à Dieu en 1945.

Un des premiers disciples de Cheikh M. Bamba, Serigne MBACKE fut très attaché à ce dernier qu’il accompagnait à l’époque où le fondateur du mouridisme expérimentait les enseignements soufis pour lesquels il avait résolument opté. Ils se livraient ensemble à la retraite spirituelle marquée par des exercices de mortification et de privation censés polir l’âme et éliminer les obstacles charnels à l’élévation spirituelle.

Serigne MBACKE joua après l’avènement du mouridisme et sous l’autorité de son fondateur le double rôle de chargé de l’enseignement supérieur et de la diplomatie. Le premier rôle était pour lui un héritage familial et une obligation religieuse fondamentale. Quant au second, il s’y livrait par souci d’éviter l’aggravation des malentendus entre son cousin et maître et l’administration coloniale. Il employait ses dons incontestables d’écrivain pour rédiger des réponses très diplomatiques aux correspondances des autorités coloniales au Cheikh des Mourides.

Serigne MBACKE était sans doute le meilleur connaisseur de l’histoire du mouridisme pour avoir assisté à sa naissance et vécu son développement jusqu’au rappel à Dieu de son fondateur en 1927. Ensuite, il joua un rôle très actif dans la gestion des problèmes qui surgirent au sein de la communauté mouride dans les années 1927-1935. Ses interventions étaient d’autant plus déterminantes que l’homme jouissait de l’estime et de la confiance de tous pour son érudition, sa piété et son statut social.

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[toggle title= »Serigne Moussa Kâ » open= »no »]

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Serigne Moussa Kâ, fils de Serigne Ousmane et de Sokhna Absatou Seck est né à Ndilki près de Mbacké Baol vers 1890. Il avait des liens de parentés très étroites avec son guide et maître Khadimou Rassoul, car il est lui aussi descendant de Mame Maharam Mbacké, ascendant de la famille des Mbacké.

 Homme de vaste culture et d’une extraordinaire ouverture d’esprit, Serigne Moussa a marqué son temps par l’importance de ses écrits pour la plupart dédiés à Serigne Touba. Malgré ses liens de parenté avec Cheikh Ahmadou Bamba, il s’identifiait toujours dans ses écrits comme le serviteur du Serviteur du Prophète (Khadimoul Khadim).

Serigne Moussa Kâ a aussi impressionné son époque par sa maîtrise de l’hagiographie de l’Islam, du mouridisme et de l’histoire du Sénégal. Ses nombreux écrits constituent une preuve éclatante.

Il maîtrisait parfaitement la généalogie des grandes familles du pays. C’est pourquoi tous les chercheurs de son temps s’intéressaient beaucoup à son œuvre et lui rendaient toujours visite. De nos jours encore les universitaires sont impressionnés par la richesse de l’œuvre de Serigne Moussa kâ.

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